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mercredi 20 mars 2013

Français en Afrique, où est ton avenir?





Victime d’un embouteillage dont seules nos villes africaines ont le secret de par leur ampleur, je m’étais décidé à consacrer mon nouveau billet à ce phénomène qui fait désormais partie de nos mœurs. Mais en rédigeant mon post, quelques faits m’ont dérouté et amené à poser un regard sur la langue française en Afrique.



Tout d’abord, il y’a eu ce post sur twitter d’un grand frère à Paris, se félicitant d’avoir fait dire « bonjour » à ses collègues dans sa langue vernaculaire. Quelques heures plus tard, je tombe sur le billet d’un jeune bloggeur ivoirien. Un véritable régal littéraire où les langues de Molière et de Shakespeare se côtoient sans que le lecteur ne perde le fil de ses idées. Dès lors, je me retrouve en extase devant la beauté de la langue française et des tournures hypocrites qu’elle nous offre. Avec elle, on décrit de façon aussi belle la laideur des maux du monde. Enfin, comme par hasard, je me retrouve sur le site de l'Organisation Internationale de la  Francophonie pour me ressourcer et je découvre un petit annonçant que la Journée Internationale de la Francophonie se célèbre aujourd’hui 20 Mars. Et le message de préciser que c’est l’occasion pour les francophones de célébrer « leur bien commun, la langue française ».

Ce message a mis en relief les deux faits précédents avec en toile de fond des questions auxquelles je me sentais obligé d’apporter quelques réponses. Nous les francophones, avons-nous la langue française ou le langage français en commun ? Les africains doivent-ils célébrer la langue française ? Quelle place doivent occuper nos langues locales par rapport au français ? Je me garderais de rentrer dans tout débat philosophique, je n’en ai pas le niveau déjà que je ne me souviens même pas avoir croisé mon prof de philo plus de trois fois en Terminale.

Pour nous africains, la langue française est un héritage, un héritage colonial. Et comme tout héritage, elle divise autant dans sa gestion que dans son usage. 

Elle divise d’abord les théoriciens du développement de l’Afrique. D’un côté, il y’a ceux qui, comme le sénégalais Fallou NGOM et le célèbre Joseph Ki-Zerbo pensent qu’il est impossible de vivre en Afrique, parler une langue qui n’est pas africaine et développer son pays ou son continent. De l’autre côté, il y’a ceux qui comme moi, pensent qu’au regard des disparités des peuples africains, avoir une seule langue locale même dans un pays demeure une utopie. Tous nos Etats ont plus d’une cinquantaine d’ethnies en leur sein, quelle langue va-t-on choisir ? Cela est aussi le résultat du fait colonial par ce que si en Afrique de l’Est, le swahili est assez développé, quid du wolof, du bambara, malinké ou yorouba aura pignon sur rue en Afrique de l’Ouest ?

La langue française divise ensuite les peuples qui la partagent. J’imagine cette scène, où à un dîner très important dans une famille camerounaise, la maîtresse de maison camerounaise demande à une ivoirienne de lui rapporter un « plat » afin qu’elle serve un convive. Je suis persuadé que le repas va dégénérer dans la mesure où le mot « plat » bien qu’il soit français ne signifie pas la même chose pour l’ivoirien et le camerounais. Ce que le camerounais considère comme « plat », l’ivoirien le considère comme « assiette » ou vice-versa. De plus, imaginez un burkinabé devant une boulangerie à Abidjan en train de demander à se faire servir « une miche » de pain, je parie qu’il passera plus d’une heure devant le comptoir sans être compris à moins de tomber sur un vendeur, qui ,ayant séjourné à Ouagadougou comprendra que la « miche  de pain » veut dire « baguette de pain ». Combien de fois, me suis-je déjà fait raillé pour  avoir dit « quittes sur la route », « viens un peu », ou « arrêtes mon sac » ?

C’est dans ces anecdotes aussi imaginatives que réelles que la langue française trouve tout son charme. Plus qu’une langue, elle est un langage dont les codes et les usages sont propres à chaque pays. Elle n’est plus universelle, elle devient  « élastique », chaque pays la tire de son côté, y va de son interprétation. Chacun y va de son torpillage. Avec les réseaux sociaux et les SMS limitant le nombre de caractères, on bafoue les règles de grammaire et d’orthographe, on passe maître dans l’art du néologisme. L’imagination est féconde, on y apprend la phonétique que le système éducatif a refusé de nous enseigner. Moi, je me marre devant ces personnes qui s’offusquent de la manière dont on traite la langue française, comment on ne s’encombre pas des règles de syntaxe complexes qui l’entourent. N’ont-ils pas dit langue vivante ? Nous, on la met en mouvement avec le « nouchi » en Côte d’Ivoire et au Burkina, le « franc’anglais » au Cameroun. C’est assurément dans ces cocktails de français et de langues locales africaines que se trouve l’avenir du français en Afrique. Leur existence témoigne du tiraillement de l’africain entre tradition et héritage colonial. Et si la transformation du français en Afrique servait de modèle pour tout autre héritage colonial que les anti-colonisations décrient chaque jour?

             De toute façon, est-ce la peine de crier aux loups parce que même Molière aurait eu plusieurs vies dans son pays d’origine vu la façon dont les français de pure souche torturent cette langue. Jsper kOjoudui jè fè léfort décrir corectment en franxais par respect pour la Journée Internationale de la Francophonie.

Oups ! Avant de commencer j’aurais dû vous dire Neyiibéogo ! Jambo ! Amakuru ! Salaamalekoum ! Ahin ô ! Ayô ! Idiba bwan ! Mê shâ shû ! Mekoni ! Mbolo ! Mè yèga ! Olieumeu nti leu ! Amisôgôna ! Mbembe kiri !

A bientôt les amis! On parlera d'embouteillages...



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