Victime
d’un embouteillage dont seules nos villes africaines ont le secret de par leur
ampleur, je m’étais décidé à consacrer mon nouveau billet à ce phénomène qui
fait désormais partie de nos mœurs. Mais en rédigeant mon post, quelques faits
m’ont dérouté et amené à poser un regard sur la langue française en Afrique.
Tout
d’abord, il y’a eu ce post sur twitter d’un grand frère à Paris,
se félicitant d’avoir fait dire « bonjour » à ses collègues dans sa
langue vernaculaire. Quelques heures plus tard, je tombe sur le billet d’un jeune bloggeur ivoirien. Un
véritable régal littéraire où les langues de Molière et de Shakespeare se
côtoient sans que le lecteur ne perde le fil de ses idées. Dès lors, je me
retrouve en extase devant la beauté de la langue française et des tournures hypocrites
qu’elle nous offre. Avec elle, on décrit de façon aussi belle la laideur des
maux du monde. Enfin, comme par hasard, je me retrouve sur le site de
l'Organisation Internationale de la Francophonie pour me ressourcer et je
découvre un petit annonçant que la Journée Internationale de la Francophonie se
célèbre aujourd’hui 20 Mars. Et le message de préciser que c’est l’occasion
pour les francophones de célébrer « leur bien commun, la langue
française ».
Ce
message a mis en relief les deux faits précédents avec en toile de fond des
questions auxquelles je me sentais obligé d’apporter quelques réponses. Nous
les francophones, avons-nous la langue française ou le langage français en
commun ? Les africains doivent-ils célébrer la langue française ?
Quelle place doivent occuper nos langues locales par rapport au français ? Je me
garderais de rentrer dans tout débat philosophique, je n’en ai pas le niveau
déjà que je ne me souviens même pas avoir croisé mon prof de philo plus de
trois fois en Terminale.
Pour
nous africains, la langue française est un héritage, un héritage colonial. Et
comme tout héritage, elle divise autant dans sa gestion que dans son usage.
Elle
divise d’abord les théoriciens du développement de l’Afrique. D’un côté, il y’a
ceux qui, comme le sénégalais Fallou NGOM et le célèbre Joseph Ki-Zerbo pensent
qu’il est impossible de vivre en Afrique, parler une langue qui n’est pas
africaine et développer son pays ou son continent. De l’autre côté, il y’a ceux
qui comme moi, pensent qu’au regard des disparités des peuples africains, avoir une seule
langue locale même dans un pays demeure une utopie. Tous nos Etats ont plus
d’une cinquantaine d’ethnies en leur sein, quelle langue va-t-on choisir ?
Cela est aussi le résultat du fait colonial par ce que si en Afrique de l’Est,
le swahili est assez développé, quid du wolof, du bambara, malinké ou yorouba
aura pignon sur rue en Afrique de l’Ouest ?
La
langue française divise ensuite les peuples qui la partagent. J’imagine cette
scène, où à un dîner très important dans une famille camerounaise,
la maîtresse de maison camerounaise demande à une ivoirienne de lui
rapporter un « plat » afin qu’elle serve un convive. Je suis persuadé
que le repas va dégénérer dans la mesure où le mot « plat » bien
qu’il soit français ne signifie pas la même chose pour l’ivoirien et le
camerounais. Ce que le camerounais considère comme « plat »,
l’ivoirien le considère comme « assiette » ou vice-versa. De plus,
imaginez un burkinabé devant une boulangerie à Abidjan en train de demander à
se faire servir « une miche » de pain, je parie qu’il passera plus
d’une heure devant le comptoir sans être compris à moins de tomber sur un
vendeur, qui ,ayant séjourné à Ouagadougou comprendra que la « miche
de pain » veut dire « baguette de pain ». Combien de fois, me
suis-je déjà fait raillé pour avoir dit « quittes sur la
route », « viens un peu », ou « arrêtes mon
sac » ?
C’est
dans ces anecdotes aussi imaginatives que réelles que la langue française
trouve tout son charme. Plus qu’une langue, elle est un langage dont les codes
et les usages sont propres à chaque pays. Elle n’est plus universelle, elle
devient « élastique », chaque pays la tire de son côté, y va de
son interprétation. Chacun y va de son torpillage. Avec les réseaux sociaux et
les SMS limitant le nombre de caractères, on bafoue les règles de grammaire et
d’orthographe, on passe maître dans l’art du
néologisme. L’imagination est féconde, on y apprend la phonétique que le système éducatif a refusé de nous enseigner. Moi, je me marre devant ces
personnes qui s’offusquent de la manière dont on traite la langue française,
comment on ne s’encombre pas des règles de syntaxe complexes qui l’entourent.
N’ont-ils pas dit langue vivante ? Nous, on la met en mouvement avec le
« nouchi » en Côte d’Ivoire et au Burkina, le
« franc’anglais » au Cameroun. C’est assurément dans ces cocktails de
français et de langues locales africaines que se trouve l’avenir du français en
Afrique. Leur existence témoigne du tiraillement de l’africain entre tradition
et héritage colonial. Et si la transformation du français en Afrique servait de
modèle pour tout autre héritage colonial que les anti-colonisations décrient
chaque jour?
De toute façon, est-ce la
peine de crier aux loups parce que même Molière aurait eu plusieurs vies
dans son pays d’origine vu la façon dont les français de pure souche torturent
cette langue. Jsper kOjoudui jè fè léfort décrir corectment en franxais par
respect pour la Journée Internationale de la Francophonie.
Oups !
Avant de commencer j’aurais dû vous dire Neyiibéogo ! Jambo !
Amakuru ! Salaamalekoum ! Ahin ô ! Ayô ! Idiba bwan !
Mê shâ shû ! Mekoni ! Mbolo ! Mè yèga ! Olieumeu nti
leu ! Amisôgôna ! Mbembe kiri !
A
bientôt les amis! On parlera d'embouteillages...

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