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lundi 13 octobre 2014

#RememberUmNyobe A la rencontre de notre histoire.

#RememberUmNyobe A la rencontre de notre histoire.




Le 13 Septembre dernier marquait le 56eme anniversaire du lâche assassinat de Ruben Um Nyobé par les forces coloniales au Cameroun. N’ayant pu lui rendre hommage ce jour, la blogosphère camerounaise sur l’initiative du Collectif des Bloggeurs Camerounais a décidé de faire d’Eséka (lieu où il repose) ce 12 Octobre, la première étape d’un long et riche voyage dans le passé de notre pays afin de mieux appréhender l’avenir.

            
     Outre les émotions et les rencontres, ce pèlerinage inénarrable en un billet fut fort d’enseignements pour la vingtaine des jeunes qui ont bravé les pluies de Douala et Yaoundé pour rallier la ville où repose celui qui fut officiellement reconnu « Héros National » par l’Assemblée Nationale du Cameron le 27 Juin 1991.

Ce voyage a été pour moi le lieu d'apprentissage de 3 leçons majeures.

1. Um Nyobé, un nom connu mais une histoire méconnue.


S’il y’a un des « mérites » que l’on ne peut s’empêcher de reconnaitre à l’histoire telle qu’enseignée conventionnellement dans nos salles de classe, c’est qu’elle a réussi à recouvrir d’un linceul noir opaque un ensemble de personnages clés de l’histoire du Cameroun. Ruben fait partie de ceux-là ; de ceux que l’histoire s’évertue à enterrer définitivement dès l’école primaire mais qui résistent à la mémoire une fois que vous avez abordé les sentiers de la curiosité.

Je ne me rappelle plus des circonstances dans lesquelles le nom d’Um Nyobé apparut dans un cours d’histoire mais j’avais retenu qu’il était un « Maquisard » c’est-à-dire un meurtrier.  Il n’y avait rien de passionnant pour en savoir davantage sur lui. En 2006, les crises successives au sein de l’UPC me passionnent, je veux en savoir davantage sur ce parti qui se nourrit de traitrise et de divisions. Je me documente et le nom d’Um Nyobé revient très souvent. Je décide d’en savoir davantage sur celui dont le nom est intimement lié à l’UPC alors qu’il n’en a pas participé à la création le 10 Avril 1948 dans un bar de Douala. Au fil des lectures, ses idées et ses prises de position  sur le Kamerun me marquent. Son discours du 17 Décembre 1952 devant l’Assemblée Générale de l’ONU force l’admiration.

En lisant, « le problème national kamerunais » d’Achille Mbembé, je découvre les circonstances atroces qui ont suivi sa mort. Abattu au pied d’un arbre dans la forêt, le corps d’Um Nyobé fut trainé dans la boue, attaché à l’arrière d’un véhicule sur plus d’une trentaine de kilomètres. Jeté dans un premier temps dans la cour de l’EPC de Sakbayeme, l’Etat colonial refuse qu’il y soit enterré et sa famille décida de l’inhumer au cimetière de l’Eglise Presbytérienne d’Eséka dans le plus grand anonymat.
La cour de l'Eglise où fut préalablement jeté le corps d'Um Nyobé avant qu'il ne soit enterré à Eséka

Le voyage d’hier à Eséka m’a permis de voir tous ces lieux chargés d’histoire que  imagination avait construits.  La cour de cette église, sa tombe et le chemin sur lequel son corps fut déformé. Mais il m’a aussi permis d’apprendre des choses que je ne savais pas. Um Nyobé a perdu sa mère  à la naissance. Enfant unique de sa mère, il avait un frère et une sœur d’une deuxième épouse de son père. Il hérite du prénom Ruben de son tuteur à Sakbayémi alors Directeur de l’Ecole Ruben AVEBE. Il se donna lui-même les prénoms Georges-François. Prénoms qu’il lui a même attribué à son épouse Marthe qui deviendra Ngo Mayack Marthe Françoise-Georgette. Sa femme même ignore les raisons du choix de ces prénoms par son défunt époux. Pendant ses années de maquis, Um Nyobé a eu une compagne qui lui donna un fils, un des cinq survivants actuels de sa progéniture. 
Beaucoup d'entre nous avions déjà entendu parler de Ruben mais peu savent grand chose sur sa vie, ses combats comme le témoignent les propos de la vingtaine des jeunes autour de sa tombe lorsqu'il a fallu évoquer sa mémoire.

2. Um Nyobé, un héritage controversé

        56 ans après sa mort, la deuxième vie de Ruben Um Nyobé, celle après sa mort physique, continue d’être parsemée de divisions et de controverses. Le 27 Juin 1991, Ruben est reconnu « Héros National » par l’Assemblée Nationale du Cameroun. 23 ans après cette « reconnaissance », comment comprendre que la tombe de ce héros national gît dans le plus grand anonymat dans une brousse à Eséka alors que sous d’autres cieux on l’aurait transformé en musée ?  Pourquoi aucune rue ou avenue ne porte son nom alors que les patronymes d’inconnus arrosent les rues et avenues dans chacune de nos villes ?  23 ans après, l’histoire de notre héros n’est toujours pas enseignée dans nos écoles.

La brousse dans laquelle se trouve la tombe d'Um Nyobé

  
     C’est aussi ça le paradoxe camerounais. On célèbre nos héros tels des zozos. Mais que dire de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), parti dont il est un des piliers ? A défaut de lui offrir un caveau digne de son rang, les membres de ce parti se sont livrés à un spectacle peu glorieux le 13 Septembre dernier lors de la commémoration de son décès. Hier, les alentours de sa tombe en portaient encore les stigmates. Aujourd’hui le parti de celui qui n’a eu de cesse de prôner l’unité est divisé en plus d’une demi-dizaine de tendances dont chacune d’elles réclame l’héritage originelle et originale de Ruben.



      Même le monument en son honneur qui trône au Carrefour d’Eséka n’a pas réussi à ressembler sa famille, son parti, la mairie d’Eséka et l’Etat. Pendant que certains criaient à l’imposture, sa famille affirmait ne pas y avoir été associée tandis que d’autres trouvaient le monument ne ressemble en rien à Ruben. 


      Pour ma part, ce sont assurément ces controverses qui continuent à faire vivre la légende Um Nyobe. L’essentiel n’est pas de  faire de sa dernière demeure un musée ou de donner son nom au plus grand boulevard du Kamerun. L’essentiel est qu’il soit connu, que ses idées et son combat soient enseignées, que les valeurs qui étaient les siennes soient transmises de générations en générations… et ce devoir essentiel incombe à chacun de nous, à nous qui avons la chance d’appartenir à une génération qui sait lire, écrire ; cette génération qui dispose d’Internet, cet instrument extraordinaire d’échange et de partage. C’est à nous d’écrire notre histoire avec amour, passion mais surtout avec beaucoup de lucidité. 

3.   A côté d’un Grand Homme, il y’a TOUJOURS une GRANDE dame…


          Le 05 Octobre dernier à Akometam, lorsque nous rendions hommage à Mongo Béti autour de sa tombe, la parole a été donnée à la grande sœur de l’écrivain pour évoquer la mémoire de son frère. Prenant tout le monde à contre-pied, elle a longuement souligné et salué le rôle primordial qu’a joué Odile Tobner dans la vie de son illustre époux. A demi-mot, elle avoua que sans Odile, elle n’est pas sure que Mon go Béti aurait été le grand écrivain et combattant qu’il a été. Elle a partagé sa vie  mais a surtout embrassé ses valeurs et ses combats.




        Marthe Um Nyobé a fait de même. En convolant en justes noces avec son valeureux époux en 1944, elle est loin de s’imaginer la vie qui sera la sienne. Les yeux larmoyants, c’est avec beaucoup d’émotions qu’elle a partagé avec nous ses souvenirs du maquis. Contrainte de vivre en brousse (« maquis ») avec son mari et ses quatre enfants en bas âge, elle passe des journées affamées et ne dort jamais plus de deux fois au même endroit. Deux ans après cette vie de fugitive, Ruben l’envoie chez ses oncles pour la protéger. Les communications avec son mari se font dès lors par le biais des messagers. C’est de cet exil qu’elle apprendra le décès de son mari… Silence et larmes pour elle lorsqu’il s’agit d’évoquer ce qu’elle a ressenti à l’annonce de la mort de son mari.

       Malgré les épreuves de la vie après le décès de son mari (ses paroles déformées chaque fois qu’elle a été approchée par les médias ou les politiques, les terrains de son mari arrachés par l’Etat, ~D'ailleurs la maison dans laquelle elle vit lui a été offerte par un bienfaiteur~) Mbombo Marthe garde le sourire et ne fait pas ses 88 ans. 





Sa vie et son témoignage nous rappelle que rien de grand dans ce monde ne s’est accompli sans les femmes même si les hommes récoltent très souvent les lauriers. 

Et si #RememberUmNyobé était un nouveau départ pour notre histoire? 

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