Oui nous sommes trahis par les
nôtres !
Vendredi matin, je lisais un
billet de Cyriac Gbogbou et je convenais avec Julie Owono qu’il fallait
classer ce billet dans la catégorie « renaissance
africaine ». Tant il était empli de vérités et invitait à une prise de
conscience. En lisant ce billet qui évoquait
la trahison dont ont été victimes la majorité des leaders africains, rien ne
laissait présager que j’allais vivre deux évènements qui allaient me replonger
dans ce billet.
Il y’a d’abord eu la lettre de Bousso DRAME. Cette jeune sénégalaise, diplômée
d’Université française qui, pour marquer son indignation face aux comportements
« exécrables » des agents du consulat de France à Dakar, a décidé de
renoncer au visa français et à une formation dont elle était bénéficiaire. Je
ne sais pas pour vous, mais je crains fort et je me suis même convaincu
qu’au-delà du buzz et des soutiens qu’elle a reçus, ce geste hautement
salutaire apparaitra comme un coup d’épée dans l’eau. Non pas parce que les
consulats et les agents y travaillant ne changeront pas leur méthode de
fonctionnement colonial mais parce
qu’elle sera trahie par les siens.
Le mépris et la condescendance
sont les choses les mieux partagées par
les demandeurs de billet d’entrée pour cet occident, jadis terre d’espérance.
Notre masochisme nous conduit à ne pas désemplir les guichets de ces
représentations diplomatiques qui n’ouvrent trop souvent leurs portes que pour
recevoir nôtre argent après nous avoir laissé à la merci du soleil. Je suis
prêt à parier qu’en dépit du pamphlet de Bousso le consulat de France à Dakar
continuera à recueillir du Lundi au Jeudi les
150 demandes de visa qu’il reçoit en moyenne par jour. Soit 27.000.000
frs CFA (45.000 frs CFA/demande) gracieusement offerts chaque semaine en guise
de remerciements à l’irrévérence. Ne me
parlez surtout pas de complot et du silence traître de nos autorités
politiques, qui, à défaut d’attirer l’attention de leurs homologues occidentaux
sur les agissements coloniaux des leurs sur nos terres, pouvaient actionner le
principe de réciprocité pour susciter un peu plus de respect à notre égard.
Le silence… Tel a été mon attitude
lorsqu’en compagnie d’un ami ivoirien, je discutais en fin de soirée avec Ségolène
et Armelle, deux françaises en stage en
Côte d’Ivoire. Notre discussion portait sur l’Afrique, l’idée qu’elles en
avaient après plus de deux mois de séjour. Moi, si souvent défenseur de la
cause africaine, je ne pus placer un mot lorsqu’elles s’indignaient du fait
qu’elles n’ont eu aucune difficulté à obtenir un visa pour la Côte d’Ivoire
alors que l’inverse est un véritable parcours du combattant. Elles m’expliquent
qu’à cette allure, l’Afrique sera envahie parce que, chassés par la crise et le
chômage, de nombreux européens se décident à immigrer vers une Afrique pleine
d’opportunités et qui leur tend grandement les bras et leur ouvre toutes les
portes. Je pensais au film
« Africa Paradis » de
Sylvestre Amoussou qui me fit rire à sa sortie tant le scénario me semblait
improbable.
Je voulus leur dire que le fait qu’elles n’aient
pas eu de difficultés à obtenir un visa d’entrée était le signe de notre
légendaire hospitalité mais je dus me taire lorsque je me suis souvenu de
toutes les difficultés auxquelles j’ai fait face à l’ambassade de Côte d’Ivoire
au Cameroun lorsque je devais revenir en Côte d’Ivoire après un séjour de 3
mois au Cameroun. Malgré, une carte consulaire et un titre de séjour valables,
je devais me procurer un visa et ce ne fut pas chose facile. J’ai voulu leur
parler de l’insolence des diplomates Sud-africains quand vous essayez de vous
procurer un visa pour la Nation Arc-en Ciel mais je gardais le silence pour ne
pas trahir les miens.
Elles continuaient leur réquisitoire
en fustigeant l’attitude de ces africains si prompts à se procurer des fruits,
des légumes, et autres produits manufacturés dans de grandes surfaces « occidentales »
au détriment des vendeurs locaux moins chers. Pendant que je cherchais des
arguments pour justifier ce genre de pratiques que moi-même j’ai du mal à
comprendre, elles enchainèrent en dénonçant les attitudes colonisés et
complexées de certains africains.
Pour étayer cette assertion, l’une
d’elles me fit comprendre, qu’une fois, alors qu’elle désirait un transfert
d’unités, elle se rendit dans une cabine (Call-box pour les Camers). Une fois
sur place, il y’avait 4 à 5 autres clients qui attendaient de se faire servir.
Etant arrivée en dernière position, elle décida d’attendre son tour comme tous
les autres. Mais à sa grande surprise, le gérant de la cabine décida de la
servir avant tous les autres. Elle lui expliqua calmement que c’est pas parce
qu’elle était « blanche » qu’elle devait passer avant les autres,
qu’elle attendra patiemment son tour.
Oui il y’a encore beaucoup des nôtres
qui sont complexés, qui pensent qu’ils sont inférieurs et s’attèlent à nous
véhiculer ce sentiment d’infériorité. Ils pensent que s’attirer les faveurs
d’un blanc ou en être l’ami feraient d’eux des « nègres supérieurs ».
Ce genre d’attitude de nos frères trahit ce combat pour l’égalité qu’ont engagé
nos pères depuis des siècles. La dernière scène que j’allais vivre me conforta
dans cette conviction.
Affamés, nous décidons de sortir nous
restaurer. Je leur indiquais un restaurant que j’ai l’habitude de fréquenter. Flanqué
des deux françaises et d’un ami ivoirien, je constatais que le service était
différent. Les serveuses jadis insolentes et impolies à mon égard étaient d’une
attention et d’une promptitude particulières. Nous avons été servis avec le sourire
en prime avant les autres ; toutes les cinq minutes, on nous demandait si
tout allait bien.
J’ai beau me demander si le
propriétaire du coin avait remonté les brettelles à ces serveuses après une
remarque d’un client relativement à leurs attitudes condescendantes, mais je ne
pus m’empêcher de conclure qu’il s’agissait là, d’une énième trahison des
nôtres. Elles venaient de trahir leur sottise, celle de penser que les blancs
méritaient plus d’attention que nous.
Le silence des uns, les agissements
des autres et l’ignorance de plusieurs sont des actes de trahisons. Oui Cyriac,
nous sommes malheureusement trahis par les nôtres !
Et si c’était notre traitrise qui
était le problème ?
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