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lundi 24 juin 2013

Oui, nous sommes trahis par les nôtres

Oui nous sommes trahis par les nôtres !
Vendredi matin, je lisais un billet de Cyriac Gbogbou  et je convenais avec Julie Owono qu’il fallait classer ce billet dans la catégorie « renaissance africaine ». Tant il était empli de vérités et invitait à une prise de conscience. En lisant ce billet  qui évoquait la trahison dont ont été victimes la majorité des leaders africains, rien ne laissait présager que j’allais vivre deux évènements qui allaient me replonger dans ce billet.
Il y’a d’abord eu la lettre de Bousso DRAME. Cette jeune sénégalaise, diplômée d’Université française qui, pour marquer son indignation face aux comportements « exécrables » des agents du consulat de France à Dakar, a décidé de renoncer au visa français et à une formation dont elle était bénéficiaire. Je ne sais pas pour vous, mais je crains fort et je me suis même convaincu qu’au-delà du buzz et des soutiens qu’elle a reçus, ce geste hautement salutaire apparaitra comme un coup d’épée dans l’eau. Non pas parce que les consulats et les agents y travaillant ne changeront pas leur méthode de fonctionnement colonial mais  parce qu’elle sera trahie par les siens.
Le mépris et la condescendance sont  les choses les mieux partagées par les demandeurs de billet d’entrée pour cet occident, jadis terre d’espérance. Notre masochisme nous conduit à ne pas désemplir les guichets de ces représentations diplomatiques qui n’ouvrent trop souvent leurs portes que pour recevoir nôtre argent après nous avoir laissé à la merci du soleil. Je suis prêt à parier qu’en dépit du pamphlet de Bousso le consulat de France à Dakar continuera à recueillir du Lundi au Jeudi les  150 demandes de visa qu’il reçoit en moyenne par jour. Soit 27.000.000 frs CFA (45.000 frs CFA/demande) gracieusement offerts chaque semaine en guise de remerciements à l’irrévérence.  Ne me parlez surtout pas de complot et du silence traître de nos autorités politiques, qui, à défaut d’attirer l’attention de leurs homologues occidentaux sur les agissements coloniaux des leurs sur nos terres, pouvaient actionner le principe de réciprocité pour susciter un peu plus de respect à notre égard.
Le silence… Tel a été mon attitude lorsqu’en compagnie d’un ami ivoirien, je discutais en fin de soirée avec Ségolène et Armelle, deux françaises en stage  en Côte d’Ivoire. Notre discussion portait sur l’Afrique, l’idée qu’elles en avaient après plus de deux mois de séjour. Moi, si souvent défenseur de la cause africaine, je ne pus placer un mot lorsqu’elles s’indignaient du fait qu’elles n’ont eu aucune difficulté à obtenir un visa pour la Côte d’Ivoire alors que l’inverse est un véritable parcours du combattant. Elles m’expliquent qu’à cette allure, l’Afrique sera envahie parce que, chassés par la crise et le chômage, de nombreux européens se décident à immigrer vers une Afrique pleine d’opportunités et qui leur tend grandement les bras et leur ouvre toutes les portes. Je pensais au film « Africa Paradis » de Sylvestre Amoussou qui me fit rire à sa sortie tant le scénario me semblait improbable.
 Je voulus leur dire que le fait qu’elles n’aient pas eu de difficultés à obtenir un visa d’entrée était le signe de notre légendaire hospitalité mais je dus me taire lorsque je me suis souvenu de toutes les difficultés auxquelles j’ai fait face à l’ambassade de Côte d’Ivoire au Cameroun lorsque je devais revenir en Côte d’Ivoire après un séjour de 3 mois au Cameroun. Malgré, une carte consulaire et un titre de séjour valables, je devais me procurer un visa et ce ne fut pas chose facile. J’ai voulu leur parler de l’insolence des diplomates Sud-africains quand vous essayez de vous procurer un visa pour la Nation Arc-en Ciel mais je gardais le silence pour ne pas trahir les miens.
Elles continuaient leur réquisitoire en fustigeant l’attitude de ces africains si prompts à se procurer des fruits, des légumes, et autres produits manufacturés dans de grandes surfaces « occidentales » au détriment des vendeurs locaux moins chers. Pendant que je cherchais des arguments pour justifier ce genre de pratiques que moi-même j’ai du mal à comprendre, elles enchainèrent en dénonçant les attitudes colonisés et complexées de certains africains.
Pour étayer cette assertion, l’une d’elles me fit comprendre, qu’une fois, alors qu’elle désirait un transfert d’unités, elle se rendit dans une cabine (Call-box pour les Camers). Une fois sur place, il y’avait 4 à 5 autres clients qui attendaient de se faire servir. Etant arrivée en dernière position, elle décida d’attendre son tour comme tous les autres. Mais à sa grande surprise, le gérant de la cabine décida de la servir avant tous les autres. Elle lui expliqua calmement que c’est pas parce qu’elle était « blanche » qu’elle devait passer avant les autres, qu’elle attendra patiemment son tour.
Oui il y’a encore beaucoup des nôtres qui sont complexés, qui pensent qu’ils sont inférieurs et s’attèlent à nous véhiculer ce sentiment d’infériorité. Ils pensent que s’attirer les faveurs d’un blanc ou en être l’ami feraient d’eux des « nègres supérieurs ». Ce genre d’attitude de nos frères trahit ce combat pour l’égalité qu’ont engagé nos pères depuis des siècles. La dernière scène que j’allais vivre me conforta dans cette conviction.
Affamés, nous décidons de sortir nous restaurer. Je leur indiquais un restaurant que j’ai l’habitude de fréquenter. Flanqué des deux françaises et d’un ami ivoirien, je constatais que le service était différent. Les serveuses jadis insolentes et impolies à mon égard étaient d’une attention et d’une promptitude particulières. Nous avons été servis avec le sourire en prime avant les autres ; toutes les cinq minutes, on nous demandait si tout allait bien.
J’ai beau me demander si le propriétaire du coin avait remonté les brettelles à ces serveuses après une remarque d’un client relativement à leurs attitudes condescendantes, mais je ne pus m’empêcher de conclure qu’il s’agissait là, d’une énième trahison des nôtres. Elles venaient de trahir leur sottise, celle de penser que les blancs méritaient plus d’attention que nous.
Le silence des uns, les agissements des autres et l’ignorance de plusieurs sont des actes de trahisons. Oui Cyriac, nous sommes malheureusement trahis par les nôtres !
Et si c’était notre traitrise qui était le problème ?

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