Embouteillage
Ce
billet je l’ai prémédité ! J’y pensais depuis dix jours mais il a tardé à
arriver parce que les idées dans ma tête étaient bloquées. Il a fallu les
mettre en ordre, respecter les codes de la langue française, mettre des virgules telles des feux orange et
des points tels les feux rouges. Lorsque
les feux étaient verts, il faut suivre une certaine logique, non pas celle de l’ordre
d’arrivée mais celle qui permette qu’on se comprenne.
Ce
billet, je l’assimile à nos matinées ou à nos soirées où déterminés à vaquer à
nos occupations, à retourner dans nos maisons ou à honorer des rendez-vous, nous
tombons sur des voies embouteillées. A chacun de nous c’est déjà arrivé, au
moins une fois surtout à ces heures que l’on qualifie d’ « heures de
pointe ». Pas besoins de fouiller dans un Larousse pour savoir ce que
signifie le mot « embouteillage », chacun en a au moins une idée, une
anecdote qui la définit. Notre
président, en fin d’année dernière, pour justifier le ramadan financier sous
lequel nous vivons disait : « L’argent ne circule pas parce que ça
travaille ». Moi, je dis à Abidjan, Dakar, Yaoundé, Lomé que tu sois sur le Pont Charles De Gaulle, l’Avenue Franklin
Roosevelt, l’Avenue Kennedy, ou sur l’Avenue Georges Pompidou, (Loin
de moi l’idée de susciter un débat sur le nom de nos Avenues) le constat est le même : Aux heures de
pointe, ça ne circule pas, ça râle !
Ici
comme chez vous, trois facteurs sont évoqués pour justifier le trafic infernal :
le mauvais état des feux tricolores sensés réguler la circulation, les nouveaux
chauffeurs qui ne maitrisent pas le code de la route et le mauvais état des
routes. Ces raisons sont assurément les bonnes, surtout quand ça vient des
spécialistes du trafic routier. Mais si les embouteillages sur nos avenues n’étaient
que le reflet de nos sociétés ?
La
vie pour nous est une course, on est tous pressés, on veut vite arriver et on
est prêts à utiliser tous les moyens pour le faire. Est-ce l’absence de
régulateurs, la présence de nouveaux clients qui justifient qu’il n’y ait pas
de file d’attente devant les guichets de nos banques ou de nos compagnies d’électricité
ou d’eau pour le paiement ? Au lieu d’avoir des files d’attente on a plus
souvent des foules de gens. Qu’est ce qui justifiera les embouteillages dans
nos gouvernements pléthoriques où le ministre de la défense parle de sports et
d’économie pendant que celui de la Jeunesse parle de Fonction Publique alors
que les retraités sont encore fonctionnaires ? D’ailleurs il semble qu’il
y’ait beaucoup d’embouteillages dans nos Agences de recherche d’emplois même
pour ceux dont le classeur de diplômes est embouteillé !
Les
codes, il y’en a dans tous les domaines, je dirai même qu'il y’a même un embouteillage codé. Aucun n'arrivant le premier à se faire respecter! Du code civil au code pénal en passant par les codes de l’environnement, les
codes d’investissement et même les codes de bonne conduite. Rien de cela n’est
respecté, pourquoi va-t-on respecter le code de la route ? La vie chez
nous ressemble à cette nuit où j’ai emprunté un taxi qui grilla le feu rouge et
s’arrêta au prochain feu alors qu’il était vert ! Voulant comprendre cette attitude, il me
donna cette explication « Mon frère, je m’arrête au feu vert par ce que de
l’autre côté de la rue, un chauffeur peut griller le feu rouge comme moi !
Je suis prudent ». Oui, j’aime vivre ici parce qu’on justifie tout même
les attitudes les plus saugrenues. On se croit toujours au feu vert !
Jamais au Rouge encore moins à l’Orange surtout si c’est un parent ou un "camarade du parti" qui règle les feux ou est chargé du contrôle des respects des
feux !
Il
parait que ces mêmes codes de chez nous fixent des distances « réglementaires » entre deux
pharmacies, deux bars, deux maquis et même deux voitures en circulation. Si la
distance devrait être celle qu’on observe très souvent dans nos rues, je pense
qu’il n’était pas besoin d’insulter l’intelligence des faiseurs de lois. C'est la distance entre la date d'obtention du diplôme et celui du premier emploi qui prévaut. Une éternité pour certains surtout pour ceux qui n'ont pas de semi-remorque au gouvernement. Aucune
loi n’est respectée par nous, on ne fait que râler dans nos voitures comme si
la route devait être le seul endroit où tout doit être correct. On crie plus fort surtout si à l'origine de l'embouteillage, c'est le cortège du Président ou d'un membre du gouvernement. Ce sont nos cibles favorites et ça fait du bien de critiquer les dirigeants!
Contre
mauvaise fortune, on fait bon cœur ! Pour trouver du retard dans la
livraison de mon billet, j’ai trouvé pour justificatif l’embouteillage dans mon
cerveau. Chez nous, quand on arrive en retard au travail même après avoir cassé
son réveil, on dit « Embouteillages ». Tu as rendez-vous avec une
fille, elle arrive sur les lieux du rendez-vous trois heures après (comme d’habitude !),
elle te sourit en te disant « Embouteillages » même si le lieu du
rendez-vous est à cinq minutes de marche de chez elle. Tu rentres tard à la
maison après un rendez-vous chez un énième bureau, la maman n’osera même pas te
demander pourquoi tu rentres si tard parce qu’elle sait que t’as tardé au
bureau pour éviter les embouteillages…
Je
ne saurai terminer sans citer le Ministre Ivoirien de la Jeunesse qui affirmait
ce matin sur twitter « Ah la #ci225 qui renaît! Pour une fois, les embouteillages sont un signe de la reprise économique ». A
chacun de se faire son opinion.
Une
chose est sure, comme ce billet dans les embouteillages on finit toujours par arriver
et pour me donner du courage, je me suis répété sans cesse cette phrase « Ça va aller », et ça y’est ! Si on arrive pas au développement tant prémédité, il finira par venir vers nous!
A bientôt et bon week-end pascal !

congras!
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