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| Crédit photo: @Sanders225 sur twitter |
Ce
billet n’est pas de moi ! Il est l’œuvre de ma conscience. Elle me l’a
dicté autour des évènements de ma matinée. Et pourtant, à bien y réfléchir, il
n’y a rien eu d’exceptionnel. Tout était classique. Des évènements répétés
chaque jour, qui, au final s’apparentent à des rituels.
Comme
chaque matin, j’ai allumé mon transistor, pour capter cette Radio
Internationale dont le son est plus limpide que celui de toutes nos chaines
locales réunies. Cette radio qui nous informe toutes les trente
minutes sur ce qui se passe chez nous mieux que nos radios et télés pour
lesquelles nous payons des impôts. Avec notre argent, quand elles ne
nous parlent pas du Président et de ses ministres tout au long du
journal, elles nous proposent des séries brésiliennes et des programmes
ludiques avec des images pas éloignées de la pornographie. L’actualité de ce matin n'est pas gaie mais je suis heureux de pouvoir m’informer en temps réel
sur ce qui se passe dans le monde.
Le
tour de l’actualité fait, je pouvais sortir de la maison. Comme
par réflexe je me suis arrêté chez Diallo, le vendeur de journaux
d’à côté. Pour une fois sa muraille de presse m’a semblé petite. La vingtaine
de quotidiens qui parait en Côte d’Ivoire a du mal à se faire une place. Les
titres à la Une font référence à la politique, au sport, à l’économie, à la
culture, à la santé… ça parle de tout mais surtout d’actualité. C’est le fruit
des efforts des hommes qui est exposé là comme des habits sur un séchoir. Le
soir, usé par le soleil et les regards, ils prendront place dans le magasin
pour laisser la place aux journaux du lendemain. Quelle infortune pour le
labeur des hommes et des femmes qui se battent au quotidien pour nous informer,
nous dégoter la dernière information mais aussi pour faire le buzz et
surtout vendre !
Malheureusement,
pour ce dernier ils ne peuvent compter sur moi. Je suis un guetteur quotidien,
un « titrologue » selon la formule ivoirienne consacrée. Je me limite
aux titrailles que mon cher Diallo m’offre chaque matin sur son séchoir de
journaux. Alors, ma conscience m’interroge, suis-je mieux que Diallo qui
pratique la location des journaux ? Qui pour la modique somme de cents
francs ou cinquante francs loue un journal à un lecteur locataire pour une
heure ? Je n’ai pas le temps de réfléchir sur qui de nous deux est
meilleur que l’autre. Ma conscience m’informe que tout comme Diallo, je suis un
liberticide de la presse. En ne payant pas de journaux, je participe à
tuer la liberté de la presse. Quand on parlera de l’Etat et de ses lois
liberticides, je me sentirai désormais concerné. Parce que pour que vive la
liberté de la presse, il ne faut pas seulement qu’on dépénalise les délits de
presse, qu’on n’embastille plus des journalistes et bloggeurs comme le
Camerounais Enoh Meyomesse, qu’on accorde des subventions aux médias privés,
qu’on facilité l’accès aux informations aux journalistes, que la carte de
presse ne soit plus le symbole de l’ ennemi public, il faut aussi que nous
achetions ces journaux pour que les entreprises de presse survivent.
Comme
pour me justifier, l’autre partie de ma conscience me rappelle qu’à partir de
mon ordinateur et de ma connexion internet, je peux avoir tous ces articles
sans débourser le moindre pécule. A quoi bon les acheter quand en seul clic, je
peux faire le tour de ces journaux ? Est-ce moi qui suis coupable ou ces
sites webs qui mettent en ligne gratuitement des articles qui se vendent tout
près ? D’ailleurs s’ils ne le faisaient pas, comment aurai-je accès aux
informations de mon pays si lointain ? Internet, n’est-ce pas le vrai
porte-étendard de la liberté de la presse ? Il mène la voix et les écrits
des journalistes aussi loin que les lois prisonnières ne peuvent l’imaginer. Avec
Internet je ne m’encombre pas d’une douzaine de pages pour un seul article. Je
préserve l’écologie en réduisant le nombre de déchets-papier. Avec la presse en
ligne, je me sens futuriste, n’annonce pas-t-on depuis la mort du journal
papier ? Eh ben j’y suis déjà !
Alors,
comme un boomerang me revient cette question : la liberté de presse
est-elle une réalité chez nous ? Oui, suis-je tenté de le dire quand je
pense à la Chine, la Tunisie, la Corée du Nord et bien d’autres pays où la
presse bâillonnée, où les journalistes sont en danger. Mais la réalité chez
nous est toute autre, on a franchi le cap de la liberté de la presse pour aller
vers l’anarchie de la presse. Plus d’une centaine de journaux au Cameroun comme
en Côte d’Ivoire. Ca va dans tous les sens. Les dérives sont nombreuses, les
organes de régulation hors-jeu, les lecteurs et clients sont aux abonnés
absents. La presse est libre de dire ce qu’elle veut surtout que les politiques
et les lecteurs s’en foutent. Elle aboie, dénonce, crie mais rien ne change, la
caravane continue son bonhomme de chemin.
Mais
ce dont je m’inquiète le plus, c’est de la liberté des journalistes. Pas de
leurs corps mais de leur conscience, leur liberté d’exprimer vraiment ce qu’ils
pensent, de donner l’information qu’ils possèdent. Beaucoup sont emprisonnés
dans des lignes éditoriales auxquelles ils n’adhèrent pas. Nombreux d’entre eux
ont embastillé leur conscience et leur objectivité pour servir des mains
obscurs qui les manipulent à coup de per diem. Je n’ai rien contre le
journalisme militant mais il ne doit pas être fanatique ou fétichiste. A cause
du ramdam financier ambiant, bon nombre d’anciens étudiants d’Ecole de
Journalisme ont troqué leurs écrits et mots pour servir l’argent. Sur nos
plateaux télés pour des postes, ils défendent l’indéfendable, renient des
lapalissades et exigent qu’on les appelle « Mr le
Journaliste » !
Pour
ma part, la liberté de la presse ne se mesure pas à l’aune des journaux parus,
encore moins à la liberté de vilipender ou d’exposer la vie privée d’un
quelconque personnage. Je la mesure au prorata du nombre de journalistes
libres, non pas libres d’aller et de venir mais libre dans la conscience de
nous informer, de nous édifier. Oui le jour où nos médias sortiront des carcans
dans lesquels ils ont délibérément choisi de s’enfermer, ce jour-là, je
célébrerai la liberté de la presse. Pour moi, un journaliste même derrière les
barreaux mais avec une conscience libre comme le vent est préférable
à un journaliste en liberté avec une conscience embrigadée. Je pense à Norbert
Zongo et à Pius Njawé dont les écrits
et les actions ont bercé ma jeunesse. Des véritables pionniers de la liberté de
presse en Afrique dans tous les sens du terme.
Mais
bon Dieu ! Que me veut ma conscience ? Où m’entraine-t-elle ? Ah
je la comprends, nous sommes le 02 Mai veille de la Journée de la Liberté de la
Presse ! Maligne ma conscience... Elle m'a convaincu d’acheter au
moins un journal chaque jour pour que vive la presse. Quant à liberté de la
presse, aux journalistes de jouer !
A
bientôt !

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