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jeudi 2 mai 2013

Ma conscience et la liberté de la presse

Crédit photo: @Sanders225 sur twitter

            
 Ce billet n’est pas de moi ! Il est l’œuvre de ma conscience. Elle me l’a dicté autour des évènements de ma matinée. Et pourtant, à bien y réfléchir, il n’y a rien eu d’exceptionnel. Tout était classique. Des évènements répétés chaque jour, qui, au final s’apparentent à des rituels.

Comme chaque matin, j’ai allumé mon transistor, pour capter cette Radio Internationale dont le son est plus limpide que celui de toutes nos chaines locales réunies.  Cette radio qui nous informe toutes les trente minutes sur ce qui se passe chez nous mieux que nos radios et télés pour lesquelles nous payons des impôts. Avec notre argent,  quand elles ne nous parlent pas du Président et de ses ministres tout au long du journal, elles nous proposent des séries brésiliennes et des programmes ludiques avec des images pas éloignées de la pornographie. L’actualité de ce matin n'est pas gaie mais je suis heureux de pouvoir m’informer en temps réel sur ce qui se passe dans le monde.

Le tour de l’actualité fait, je pouvais sortir de la maison. Comme par réflexe  je me suis arrêté chez Diallo, le vendeur de journaux d’à côté. Pour une fois sa muraille de presse m’a semblé petite. La vingtaine de quotidiens qui parait en Côte d’Ivoire a du mal à se faire une place. Les titres à la Une font référence à la politique, au sport, à l’économie, à la culture, à la santé… ça parle de tout mais surtout d’actualité. C’est le fruit des efforts des hommes qui est exposé là comme des habits sur un séchoir. Le soir, usé par le soleil et les regards, ils prendront place dans le magasin pour laisser la place aux journaux du lendemain. Quelle infortune pour le labeur des hommes et des femmes qui se battent au quotidien pour nous informer, nous dégoter la dernière information mais aussi pour faire le buzz et surtout  vendre !

Malheureusement, pour ce dernier ils ne peuvent compter sur moi. Je suis un guetteur quotidien, un « titrologue » selon la formule ivoirienne consacrée. Je me limite aux titrailles que mon cher Diallo m’offre chaque matin sur son séchoir de journaux. Alors, ma conscience m’interroge, suis-je mieux que Diallo qui pratique la location des journaux ? Qui pour la modique somme de cents francs ou cinquante francs loue un journal à un lecteur locataire pour une heure ? Je n’ai pas le temps de réfléchir sur qui de nous deux est meilleur que l’autre. Ma conscience m’informe que tout comme Diallo, je suis un liberticide de la presse. En ne payant pas de journaux, je participe à tuer la liberté de la presse. Quand on parlera de l’Etat et de ses lois liberticides, je me sentirai désormais concerné. Parce que pour que vive la liberté de la presse, il ne faut pas seulement qu’on dépénalise les délits de presse, qu’on n’embastille plus des journalistes et bloggeurs comme le Camerounais Enoh Meyomesse, qu’on accorde des subventions aux médias privés, qu’on facilité l’accès aux informations aux journalistes, que la carte de presse ne soit plus le symbole de l’ ennemi public, il faut aussi que nous achetions ces journaux pour que les entreprises de presse survivent.

Comme pour me justifier, l’autre partie de ma conscience me rappelle qu’à partir de mon ordinateur et de ma connexion internet, je peux avoir tous ces articles sans débourser le moindre pécule. A quoi bon les acheter quand en seul clic, je peux faire le tour de ces journaux ? Est-ce moi qui suis coupable ou ces sites webs qui mettent en ligne gratuitement des articles qui se vendent tout près ? D’ailleurs s’ils ne le faisaient pas, comment aurai-je accès aux informations de mon pays si lointain ? Internet, n’est-ce pas le vrai porte-étendard de la liberté de la presse ? Il mène la voix et les écrits des journalistes aussi loin que les lois prisonnières ne peuvent l’imaginer. Avec Internet je ne m’encombre pas d’une douzaine de pages pour un seul article. Je préserve l’écologie en réduisant le nombre de déchets-papier. Avec la presse en ligne, je me sens futuriste, n’annonce pas-t-on depuis la mort du journal papier ? Eh ben j’y suis déjà !
Alors, comme un boomerang me revient cette question : la liberté de presse est-elle une réalité chez nous ? Oui, suis-je tenté de le dire quand je pense à la Chine, la Tunisie, la Corée du Nord et bien d’autres pays où la presse bâillonnée, où les journalistes sont en danger. Mais la réalité chez nous est toute autre, on a franchi le cap de la liberté de la presse pour aller vers l’anarchie de la presse. Plus d’une centaine de journaux au Cameroun comme en Côte d’Ivoire. Ca va dans tous les sens. Les dérives sont nombreuses, les organes de régulation hors-jeu, les lecteurs et clients sont aux abonnés absents. La presse est libre de dire ce qu’elle veut surtout que les politiques et les lecteurs s’en foutent. Elle aboie, dénonce, crie mais rien ne change, la caravane continue son bonhomme de chemin.

Mais ce dont je m’inquiète le plus, c’est de la liberté des journalistes. Pas de leurs corps mais de leur conscience, leur liberté d’exprimer vraiment ce qu’ils pensent, de donner l’information qu’ils possèdent. Beaucoup sont emprisonnés dans des lignes éditoriales auxquelles ils n’adhèrent pas. Nombreux d’entre eux ont embastillé leur conscience et leur objectivité pour servir des mains obscurs qui les manipulent à coup de per diem. Je n’ai rien contre le journalisme militant mais il ne doit pas être fanatique ou fétichiste. A cause du ramdam financier ambiant, bon nombre d’anciens étudiants d’Ecole de Journalisme ont troqué leurs écrits et mots pour servir l’argent. Sur nos plateaux télés pour des postes, ils défendent l’indéfendable, renient des lapalissades et exigent qu’on les appelle « Mr le Journaliste » !

Pour ma part, la liberté de la presse ne se mesure pas à l’aune des journaux parus, encore moins à la liberté de vilipender ou d’exposer la vie privée d’un quelconque personnage. Je la mesure au prorata du nombre de journalistes libres, non pas libres d’aller et de venir mais libre dans la conscience de nous informer, de nous édifier. Oui le jour où nos médias sortiront des carcans dans lesquels ils ont délibérément choisi de s’enfermer, ce jour-là, je célébrerai la liberté de la presse. Pour moi, un journaliste même derrière les barreaux mais avec une  conscience libre comme le vent est préférable à un journaliste en liberté avec une conscience embrigadée. Je pense à Norbert Zongo et à Pius Njawé  dont les  écrits et les actions ont bercé ma jeunesse. Des véritables pionniers de la liberté de presse en Afrique dans tous les sens du terme.

Mais bon Dieu ! Que me veut ma conscience ? Où m’entraine-t-elle ? Ah je la comprends, nous sommes le 02 Mai veille de la Journée de la Liberté de la Presse ! Maligne ma conscience... Elle m'a convaincu d’acheter au moins un journal chaque jour pour que vive la presse. Quant à liberté de la presse, aux journalistes de jouer !

A bientôt !

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