Ce
billet, j’aurai tellement voulu qu’il soit le fruit de mon imagination !
Peine perdue, il est bel et bien réel ! Les évènements qu’il relate sont tellement
honteux qu’il m’a fallu trois semaines pour me décider à l’écrire enfin. Il n’y
avait pas que la volonté d’être pudique qui a retardé sa sortie mais aussi le
respect du principe de la précaution. Je devais retourner sur les terres où se
sont déroulés ces faits, et ne sachant si l’acteur principal de ce billet
allait me lire et me reconnaître il fallait que je m’assure que je n’y
retournerai plus. C’est fait, je suis retourné à Korhogo la semaine dernière et
je n’y retournerai plus. Toutes précautions étant prises, je peux donc
librement vous parler.
Vous l’avez deviné, ces événements se
déroulent à Korhogo, au Nord de la Côte d’Ivoire. Nous sommes le jeudi 09 Mai,
il est pratiquement 13 heures et nul besoin de vous décrire le soleil imposant qui
luit à cette heure de la journée comme dans tous les septentrions des pays sous
les tropiques en pleine saison sèche. Logés dans un hôtel de la place, en
compagnie de quelques collègues, un des nôtres attend impatiemment la visite
d’un de ses amis fonctionnaires des Nations Unies dans la région.
Entre deux causeries intéressantes, nous
apercevons l’imposant véhicule de la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire
faire son entrée dans la cour de l’hôtel. En bon cadet de la troupe et respectueux des aînés que je suis, je vais
accueillir l’hôte de mon collègue à la descente de son véhicule et profiter
pour mettre le colis qu’il venait récupérer dans son véhicule. C’est ainsi que
je me rends rapidement dans la chambre de mon collègue chercher la valise en
trolley à lui remettre.
Une fois dans la cour de l’hôtel, je
retrouve le fonctionnaire onusien avec un Monsieur d’une quarantaine d’années
revêtu d’un treillis mal fichu. Il ne fait pas de doutes que le longiligne et
noir monsieur qui est en discussion avec
le visiteur est un membre des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire. Par
courtoisie, je me tiens à quelques mètres pour ne pas les interrompre. L’air
distrait, je fais l’effort de ne pas prêter attention à leur conversation. Mais
ils sont trop proches de moi, je n’ai pas le choix… Et c’est d’ailleurs un
monologue. L’homme en treillis parle tout seul.
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| Crédit photos: carnetsdePolman |
Prêtant attentivement l’oreille, je me
rends compte que le militaire s’est depuis trois minutes lancé dans des propos
laudateurs à l’endroit du fonctionnaire onusien. J’arrive à saisir des
boniments tels « Regardes, tu es un joli garçon, si
tu travailles à l’ONUCI aujourd’hui, c’est parce que tu le mérites ! Suis
sur qu’après la Côte d’Ivoire même, on va t’envoyer même aux Etats Unis !
Regardes comment cette voiture de service te va à merveille, tu dois être un
gar intelligent ».
Visiblement gêné, Blaise me demande de
venir mettre la valise dans la voiture tout en me saluant et en remerciant son
psalmiste pour sans doute prendre congés de lui. L’homme en treillis ayant flairé
le débarras, s’adresse alors à Blaise en ces termes : « Monsieur
choco, il n’y a rien pour moi ? Il est 13h faut que je boive un peu de
café ! » Pris au dépourvu, Blaise lui dit
qu’il n’a rien ! Notre militaire ne l’entend pas de cette oreille et
insiste dans sa requête. Troublé, Blaise le fonctionnaire international
plonge ses mains dans ses deux poches, y ressort quelques bouts de papier et
quelques piécettes qui y sont dissimulées. Il remet les quelques radis à
l’officier indigent qui refuse de les prendre au prétexte que c’est minable. Je
jette un coup d’œil, les trois sous font 250frs CFA. Le donneur veut ranger son
argent. Honteux le flic-mendiant retend
la main et Blaise y déverse les trois sous. Et voila le troufion qui s’élance
dans un nouveau discours gratifiant « Mon vieux, je sais que tu es serré
cette fois et que la prochaine fois sera la bonne. Mais je te dis si tu as n’importe
quel problème ici à Korhogo, voila mon numéro ! C’est le Capitaine… »(Qui
est fou ?lol) »
Sans
gène, le nécessiteux en treillis se tourne vers moi et entame une ribambelle de
louanges avec des bagous du genre « Tu es costaud et choco comme un
américain…Je suis sur que tu ne vis pas ici … blablabla blablabla»
Ayant compris son jeu et ne voulant même pas avoir honte puisque n’ayant aucun
radis sur moi, je fais mine de ne pas l’écouter, range la valise dans la
voiture et je lui lance enfin « Je suis le bagagiste de
l’hôtel ! ». Convaincu que je n’ai pas convaincu, je m’éclipse à
grands pas et nous l’abandonnions sous ce soleil plomb.
Une
fois à l’abri du soleil et mon cerveau pouvant reprendre ses 33 tours, je ne
pus m’empêcher de penser à ces nouveaux types de flics écumant les rues de Douala, Yaoundé et Abidjan, qui au lieu de
vous demander vos pièces d’identité exigent des pièces de monnaie. Des jetons
pour une cigarette ou un café, j’en ai déjà laissé à des barrages… Mais des
forces de l’ordre concurrençant les forces du désordre musical (Les DJ) en
matière d’attalaku* je n’en avais jamais rencontré !
Vous
avez dit Forces de l’ordre? Moi, je dis DJ FLIC !
*Attalaku : Expression
ivoirienne qui signifie faire les éloges de quelqu’un

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