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| Crédit image: marrainedeeann.over-blog.com |
Tout d’abord, il y’a eu ce
collecteur d’ordures ménagères, ces personnes qui frappent à nos portes trois
ou quatre fois par semaine pour nous débarrasser de nos déchets moyennant une
demi-dizaine de pièces de cents francs par mois. Le Monsieur s’arrête devant le
restaurant dans lequel nous étions, la charrette pleine d’ordures garée, il y
introduit ses mains sans gants et le nez sans protection pour y effectuer un
tri. S’engage alors une conversation entre mon ami et moi sur la dignité des
travailleurs. On fait le tour de tous ces emplois précaires, créés pour fuir la
spirale du chômage. Mais que ferons-nous sans ces gérants de cabines
téléphoniques, ces vendeurs à la sauvette, ces chauffeurs-taxi, ces
buyam-sellam? On convient tous que la
dignité humaine du travailleur est loin d’être une réalité chez nous.
On est d’autant plus sur la même longueur d’ondes
quand on voit débarquer un groupe de jeunes filles sans casquettes sous ce
soleil de plomb comme Abidjan sait nous en offrir à l’heure du déjeuner. Elles abhorrent
des T-shirts d’une grande entreprise de la place et viennent nous présenter
leurs produits. Nous ne sommes pas intéressés mais la discussion avec elles
tourne autour de leurs conditions de travail. Elles nous apprennent qu’elles
gagnent 25.000 frs/mois et trois d’entre elles sont titulaires d’une maitrise.
Faute de mieux, elles arpentent les rues abidjanaises à la recherche de
clients, sous la pluie comme sous le soleil, à la merci des insultes, des
dragues et des vices, frappent à des portails et vont à la rencontre d’inconnus
de 08 heures à 18 heures pour appâter des potentiels clients. Elles ne sont pas
assurées et avouent ne pas avoir été payées depuis des mois.
Alors, j’ai une pensée pour ces nombreuses
personnes qui se saignent à longueur de journée pour rentabiliser des
entreprises qui ne leur offrent aucune sécurité financière, sanitaire et sociale.
Que ce soit dans le privé ou dans le public, elles sont des milliers, en Côte d’Ivoire
comme au Cameroun en passant par le Bangladesh, ces personnes qui se saignent
nuit et jour dans des conditions inhumaines mais dont le salaire quand il y’a ne
représente même pas une infinitésimale rétribution
de leurs efforts. Je pense à tous ces « vacataires », « intérimaires »
de nos administrations publiques. A tous ces stagiaires, agents commerciaux, et
toute autre personne peu importe le titre qui n’ont pas de contrats, d’assurance
maladie et aucune sécurité sociale.
Les agents commerciaux partis, nous pouvons
engager le plat de résistance de notre rencontre. L’ami qui nous a conviés,
après deux ans de recherche effrénée d’emploi sans succès, malgré ses deux
diplômes d’enseignement supérieur (Bac+5) nous annonce qu’il a décidé de se
lancer dans l’entreprenariat, il veut créer sa propre entreprise et a besoin de
soutien. N’ayant personne pour l’aider, il nous sollicite. Je lui parle du
Fonds National des Jeunes qui finance des projets, il n’a pas l’air emballé.
« Encore ces politiciens me dit-il, je
ne veux plus avoir à faire à eux ! Regardes comme ils sont égoïstes, ce
sont les membres de leurs familles qui occupent tous les postes, si tu ne
connais personne, tu n’as aucune chance d’être recruté ou d’avoir ton projet
financé ! Regardes comment ils sont gloutons, poursuit-il, ils sont
ministres, Directeurs Généraux de société, Présidents de Conseil d’Administration,
maires, députés tout ça pour eux seuls alors qu’il y’a des jeunes compétents et
bien formés comme nous qui n’aspirent qu’à travailler… » Et il conclue en
me disant « Mon cher, j’ai gros sur le cœur mais je crois que notre problème, à nous
jeunes est qu’on attend trop de l’Etat et nous ne voulons que travailler dans
des bureaux … »
Sa conclusion est implacable mais elle est
réelle ! Combien sommes-nous jeunes, à nourrir le rêve de devenir fonctionnaire
en franchissant les portes de l’enseignement supérieur ? Combien sont-ils
ces jeunes qui prennent des risques pour entreprendre, pour s’auto-employer ?
Combien sommes-nous à s’être lancés dans de petits métiers malgré nos diplômes ?
Combien d’initiatives comme la Douala
Start-up Weekend existent chez nous ?
Elles ne sont pas impulsées par l’Etat mais par des jeunes qui ont compris que
le diplôme ne fait pas automatiquement le travailleur. Je pense à tous ces
jeunes qui au quotidien créent des start-up à Abidjan comme à Douala.
Une chose est sure, si les taux de chômage
sont si élevées chez nous, nous avons notre part de responsabilité. La
recherche de la facilité et l’absence de persévérance ont fait leurs lits chez
nous. Je n’oublierai jamais ce camarade de la fac qui n’avait qu’une seule
ambition : entrer à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature
pour devenir Inspecteur des Impôts. Après plusieurs tentatives, il ne fut pas admis
et l’année dernière, demandant de ses nouvelles auprès d’un ancien camarade, j’appris
qu’il s’était suicidé par ce que son rêve de fonctionnaire ne se réalisait pas…
Nous sommes nombreux ces Gérard, qui tuons
nos idées, notre génie, notre dignité au quotidien parce que nous attendons
tout d’un Etat qui attend peu de nous. Et dire que partout, il y’a des
difficultés, encore plus dans la fonction publique où les salaires sont
quelques fois maigrelets mais nous comptons sur le mal du siècle qu’est la
corruption pour nous enrichir.
Le repas achevé, je me souviens que nous sommes le 30 Avril, veille du 01 Mai, Fête du travail. Malheureusement, cette fête est
aujourd’hui galvaudée, on la célébrera et discourra sans faire le point des conditions de
travail. Les agents commerciaux ayant interrompus notre déjeuner défileront et mangeront à la même table que leurs patrons. Une sorte de célébration où bourreaux et
victimes défilent et mangent à la même table. Une véritable célébration du
syndrome de Stockholm…
Bonne fête à tous et mon vœu le plus cher
est que les chômeurs d’aujourd’hui la célèbrent véritablement l’année prochaine…
Vivement Bientôt !

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