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mardi 30 avril 2013

01 Mai: fête de la précarité et de l'auto-emploi...


            
Crédit image: marrainedeeann.over-blog.com 
Ce billet, je l’ai conçu autour d’un repas, un repas triste entre trois personnes joyeuses. Triste non pas à cause de la saveur plutôt bonne du mets autour duquel nous étions réunis, mais triste par le fait des sujets abordés autour de ce repas. Et comme par hasard, nous étions le 30 Avril… Veille du 01er Mai.
            Tout d’abord, il y’a eu ce collecteur d’ordures ménagères, ces personnes qui frappent à nos portes trois ou quatre fois par semaine pour nous débarrasser de nos déchets moyennant une demi-dizaine de pièces de cents francs par mois. Le Monsieur s’arrête devant le restaurant dans lequel nous étions, la charrette pleine d’ordures garée, il y introduit ses mains sans gants et le nez sans protection pour y effectuer un tri. S’engage alors une conversation entre mon ami et moi sur la dignité des travailleurs. On fait le tour de tous ces emplois précaires, créés pour fuir la spirale du chômage. Mais que ferons-nous sans ces gérants de cabines téléphoniques, ces vendeurs à la sauvette, ces chauffeurs-taxi, ces buyam-sellam?  On convient tous que la dignité humaine du travailleur est loin d’être une réalité chez nous.

On est d’autant plus sur la même longueur d’ondes quand on voit débarquer un groupe de jeunes filles sans casquettes sous ce soleil de plomb comme Abidjan sait nous en offrir à l’heure du déjeuner. Elles abhorrent des T-shirts d’une grande entreprise de la place et viennent nous présenter leurs produits. Nous ne sommes pas intéressés mais la discussion avec elles tourne autour de leurs conditions de travail. Elles nous apprennent qu’elles gagnent 25.000 frs/mois et trois d’entre elles sont titulaires d’une maitrise. Faute de mieux, elles arpentent les rues abidjanaises à la recherche de clients, sous la pluie comme sous le soleil, à la merci des insultes, des dragues et des vices, frappent à des portails et vont à la rencontre d’inconnus de 08 heures à 18 heures pour appâter des potentiels clients. Elles ne sont pas assurées et avouent ne pas avoir été payées depuis des mois.
Alors, j’ai une pensée pour ces nombreuses personnes qui se saignent à longueur de journée pour rentabiliser des entreprises qui ne leur offrent aucune sécurité financière, sanitaire et sociale. Que ce soit dans le privé ou dans le public, elles sont des milliers, en Côte d’Ivoire comme au Cameroun en passant par le Bangladesh, ces personnes qui se saignent nuit et jour dans des conditions inhumaines mais dont le salaire quand il y’a ne représente même pas une  infinitésimale rétribution de leurs efforts. Je pense à tous ces « vacataires », « intérimaires » de nos administrations publiques. A tous ces stagiaires, agents commerciaux, et toute autre personne peu importe le titre qui n’ont pas de contrats, d’assurance maladie et aucune sécurité sociale.

Les agents commerciaux partis, nous pouvons engager le plat de résistance de notre rencontre. L’ami qui nous a conviés, après deux ans de recherche effrénée d’emploi sans succès, malgré ses deux diplômes d’enseignement supérieur (Bac+5) nous annonce qu’il a décidé de se lancer dans l’entreprenariat, il veut créer sa propre entreprise et a besoin de soutien. N’ayant personne pour l’aider, il nous sollicite. Je lui parle du Fonds National des Jeunes qui finance des projets, il n’a pas l’air emballé.

« Encore ces politiciens me dit-il, je ne veux plus avoir à faire à eux ! Regardes comme ils sont égoïstes, ce sont les membres de leurs familles qui occupent tous les postes, si tu ne connais personne, tu n’as aucune chance d’être recruté ou d’avoir ton projet financé ! Regardes comment ils sont gloutons, poursuit-il, ils sont ministres, Directeurs Généraux de société, Présidents de Conseil d’Administration, maires, députés tout ça pour eux seuls alors qu’il y’a des jeunes compétents et bien formés comme nous qui n’aspirent qu’à travailler… » Et il conclue en me disant « Mon cher, j’ai gros sur le cœur  mais je crois que notre problème, à nous jeunes est qu’on attend trop de l’Etat et nous ne voulons que travailler dans des bureaux … »

Sa conclusion est implacable mais elle est réelle ! Combien sommes-nous jeunes, à nourrir le rêve de devenir fonctionnaire en franchissant les portes de l’enseignement supérieur ? Combien sont-ils ces jeunes qui prennent des risques pour entreprendre, pour s’auto-employer ? Combien sommes-nous à s’être lancés dans de petits métiers malgré nos diplômes ? Combien d’initiatives comme la Douala Start-up Weekend existent  chez nous ? Elles ne sont pas impulsées par l’Etat mais par des jeunes qui ont compris que le diplôme ne fait pas automatiquement le travailleur. Je pense à tous ces jeunes qui au quotidien créent des start-up à Abidjan comme à Douala.

Une chose est sure, si les taux de chômage sont si élevées chez nous, nous avons notre part de responsabilité. La recherche de la facilité et l’absence de persévérance ont fait leurs lits chez nous. Je n’oublierai jamais ce camarade de la fac qui n’avait qu’une seule ambition : entrer à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature pour devenir Inspecteur des Impôts. Après plusieurs tentatives, il ne fut pas admis et l’année dernière, demandant de ses nouvelles auprès d’un ancien camarade, j’appris qu’il s’était suicidé par ce que son rêve de fonctionnaire ne se réalisait pas…

Nous sommes nombreux ces Gérard, qui tuons nos idées, notre génie, notre dignité au quotidien parce que nous attendons tout d’un Etat qui attend peu de nous. Et dire que partout, il y’a des difficultés, encore plus dans la fonction publique où les salaires sont quelques fois maigrelets mais nous comptons sur le mal du siècle qu’est la corruption pour nous enrichir.
Le repas achevé, je me souviens que nous sommes le 30 Avril, veille du 01 Mai, Fête du travail. Malheureusement, cette fête est aujourd’hui galvaudée, on la célébrera et discourra sans faire le point des conditions de travail. Les agents commerciaux ayant interrompus notre déjeuner défileront et mangeront à la même table que leurs patrons. Une sorte de célébration  où bourreaux et victimes défilent et mangent à la même table. Une véritable célébration du syndrome de Stockholm…
Bonne fête à tous et mon vœu le plus cher est que les chômeurs d’aujourd’hui la célèbrent véritablement l’année prochaine…
Vivement Bientôt !


2 commentaires:

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