Ce billet, je l’assimile
à une promesse non tenue comme celle de ceux qui nous gouvernent. Il fait
partie de ces billets qu’on ne prévoit pas mais que
les événements nous imposent. La dernière fois, je vous promettais une
petite immersion au sein d’un des moyens de transport les plus populaires à
Abidjan, le « gbaka ». Mais ma
nuit d’hier m’a imposé ce billet. Les circonstances dans lesquelles il est né
ne sont pas dignes de notre époque. Elles ressemblent à ces femmes qui donnent
naissance dans des conditions d’insalubrité les plus inimaginables. Ce billet
ne devrait même pas exister, je le rejette mais je l’écris ! Il est la
résultante d’une nuit blanche, d’une nuit noire et infecte en éveil.
Je
n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit. Non pas à cause de la chaleur abidjanaise
qui nous renseigne sur ce que pourrait être l’enfer mais à cause de la puanteur
que renvoyait mon propre corps privé d’une douche parce que les robinets
offraient du vent à la place du liquide précieux.
Mais les situations les
plus désagréables ont ceci de particulier que, pour vous consoler et vous
donner du courage, vous sortez de votre aveuglement à yeux ouverts pour prendre
conscience des souffrances qui vous sont contiguës et qui ne vous disent
rien jusqu’à ce que la vie vous rappelle que « Nul n’est à l’abri ».
J’ai revu les longues files d’attentes composées d’hommes
et de femmes à l’aube chargés de récipients à la quête d’eau pour des besoins
de propreté ou de cuisson. J’ai réécouté autrement la voix de nos collègues de
service, compagnons de transport en commun, camarades de classe, qui malgré
l’élégance de leurs tenues vestimentaires vous confessent ne pas avoir pris de
douche avant de sortir de chez eux. J’ai
revu ces hommes et femmes, qui, après
une dure journée de labeur dans leur quête de survie, s’adonnent à des
exercices physiques dans la quête de l’H2O. J’ai revu ces camions de
sapeurs-pompiers arpentant les rues mal bitumées des quartiers de Yaoundé et de
Yopougon pour étancher la soif des bidons et seaux des populations.
J’ai reconsidéré les plaintes de ces usagers « forcés » de
services publics offerts aux sociétés privées, à qui, les taxes et l’entretien
du compteur coûtent plus chers que la consommation raréfiée de l’eau.
J’ai compris pourquoi les parfums et déodorants avaient le vent en poupe les
matins dans nos lieux de travail, écoles et moyens de transport. C’est sans
doute pour masquer l’odeur que la sécheresse de nos robinets ne nous avait pas
permis de nous en débarrasser. J’ai revu
ces robinets de Mimboman et d’Abobo qui, quand elles n’offrent pas du thé ou de
l’eau qui remet en cause vos connaissances acquises sur les propriétés d’une
eau potable vous offrent tout simplement du vent.
Mais cette nuit, je me suis surtout souvenu d’un mot, d’un
concept, d’une expression. J’avais souvent entendu les présidents de mes
deux amours de terre parler d’émergence. L’un fixant le cap pour la fin de
ces deux mandats, en 2020 en dépit du fait que les dix dernières années aient
été marquées par une crise sans précédent. L’autre fixant le cap à l’orée de sa
54 eme année de pouvoir, en 2035, dans ce pays qu’il nous présente comme un îlot de paix et de stabilité. Il aura 102 ans, le prince du « someillistan »,
qui nous promet d’émerger avec lui en 2035. Je n’avais jamais cherché à savoir
ce que voulait signifier ce terme « émergence ». Je savais que
ça ressemblait encore à ces mirages que les politiciens ont le don de nous de faire
miroiter. Une sorte de vision, de routes bizarres qu’on vous demande
d’emprunter au péril d’efforts et de serrage de ceintures pour sortir du
sous-développement avec pour éclaireur Messieurs les Présidents. Ces guides
éclairés sur la voie de leur développement personnel.
Dans la
puanteur de cette nuit, j’ai ouvert mon dictionnaire et j’ai vu ce que voulait
dire « émergence » mais je n’ai pas compris ceux qui nous promettent
qu’on le sera alors qu’on l’est déjà. Pour mieux l’illustrer, on l’oppose à
l’immersion qui est une plongée dans l’eau. Comment peut-on aspirer à
l’émergence si nous ne sommes pas immergés ? Émergerons-nous
de la sécheresse ?
Non
Messieurs les Présidents menez nous vers l’immersion car nous sommes émergents
depuis que l’eau dans laquelle nous étions émergés a tari… De nombreuses
communes de vos pays sont émergentes depuis des années. L’émergence
c’est du vent comme il en sort de nos robinets.
Je vais prendre ma
première douche depuis 48heures. On ne sait jamais quand l’eau repartira !
Ni quand elle vient. Si le présent n’est pas certain, ce n’est pas 2020 ou 2035
qui le sera !
très bien écrit. Je n'aurais pas dit mieux.
RépondreSupprimerThe best post ever since Im reding on this blog!
RépondreSupprimerTu n'aurais pas pu mieux le dire
Merci MJ et Afro Mango. Je me débrouille et c'est grâce à vous que je compte m'améliorer.
RépondreSupprimerC'est dommage que tout ceci soit la pure verite. On nous parle d'emergence et de taux de croissance alors que l'on a ni eau ni courant. C'est fort quand meme!
RépondreSupprimerC'est malheureusement la triste réalité Tanya. La distance entre les discours et les faits est énorme. On aimerait tant que ce soit différent.
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