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samedi 13 avril 2013

Ne me parlez plus d'émergence...Je veux immerger!


Ce billet, je l’assimile à une promesse non tenue comme celle de ceux qui nous gouvernent. Il fait partie de ces billets qu’on ne prévoit pas mais que les événements nous imposent. La dernière fois, je vous promettais une petite immersion au sein d’un des moyens de transport les plus populaires à Abidjan, le « gbaka ».  Mais ma nuit d’hier m’a imposé ce billet. Les circonstances dans lesquelles il est né ne sont pas dignes de notre époque. Elles ressemblent à ces femmes qui donnent naissance dans des conditions d’insalubrité les plus inimaginables. Ce billet ne devrait même pas exister, je le rejette mais je l’écris ! Il est la résultante d’une nuit blanche, d’une nuit noire et infecte en éveil. 

      Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit. Non pas à cause de la chaleur abidjanaise qui nous renseigne sur ce que pourrait être l’enfer mais à cause de la puanteur que renvoyait mon propre corps privé d’une douche parce que les robinets offraient du vent à la place du liquide précieux.

Mais les situations les plus désagréables ont ceci de particulier que, pour vous consoler et vous donner du courage, vous sortez de votre aveuglement à yeux ouverts pour prendre conscience des souffrances qui vous sont contiguës et qui  ne vous disent rien jusqu’à ce que la vie vous rappelle que « Nul n’est à l’abri ».

           J’ai revu les longues files d’attentes composées d’hommes et de femmes à l’aube chargés de récipients à la quête d’eau pour des besoins de propreté ou de cuisson. J’ai réécouté autrement la voix de nos collègues de service, compagnons de transport en commun, camarades de classe, qui malgré l’élégance de leurs tenues vestimentaires vous confessent ne pas avoir pris de douche avant de sortir de chez eux.  J’ai revu ces hommes et femmes, qui,  après une dure journée de labeur dans leur quête de survie, s’adonnent à des exercices physiques dans la quête de l’H2O. J’ai revu ces camions de sapeurs-pompiers arpentant les rues mal bitumées des quartiers de Yaoundé et de Yopougon pour étancher la soif des bidons et seaux des populations.
         
          J’ai reconsidéré les plaintes de ces usagers « forcés » de services publics offerts aux sociétés privées, à qui, les taxes et l’entretien du compteur coûtent plus chers que la consommation raréfiée de l’eau. J’ai compris pourquoi les parfums et déodorants avaient le vent en poupe les matins dans nos lieux de travail, écoles et moyens de transport. C’est sans doute pour masquer l’odeur que la sécheresse de nos robinets ne nous avait pas permis de nous en débarrasser.  J’ai revu ces robinets de Mimboman et d’Abobo qui, quand elles n’offrent pas du thé ou de l’eau qui remet en cause vos connaissances acquises sur les propriétés d’une eau potable vous offrent tout simplement du vent.

         Mais cette nuit, je me suis surtout souvenu d’un mot, d’un concept, d’une expression.  J’avais souvent entendu les présidents de mes deux amours de terre  parler d’émergence. L’un fixant le cap pour la fin de ces deux mandats, en 2020 en dépit du fait que les dix dernières années aient été marquées par une crise sans précédent. L’autre fixant le cap à l’orée de sa 54 eme année de pouvoir, en 2035, dans ce pays qu’il nous présente comme un îlot de paix et de stabilité. Il aura 102 ans, le prince du « someillistan », qui nous promet d’émerger avec lui en 2035. Je n’avais jamais cherché à savoir ce que voulait signifier ce terme « émergence ».  Je savais que ça ressemblait encore à ces mirages que les politiciens ont le don de nous de faire miroiter. Une  sorte de vision, de routes bizarres qu’on vous demande d’emprunter au péril d’efforts et de serrage de ceintures pour sortir du sous-développement avec pour éclaireur Messieurs les Présidents. Ces guides éclairés sur la voie de leur développement personnel.

    Dans la puanteur de cette nuit, j’ai ouvert mon dictionnaire et j’ai vu ce que voulait dire « émergence » mais je n’ai pas compris ceux qui nous promettent qu’on le sera alors qu’on l’est déjà. Pour mieux l’illustrer, on l’oppose à l’immersion qui est une plongée dans l’eau. Comment peut-on aspirer à l’émergence si nous ne sommes pas immergés ? Émergerons-nous de la  sécheresse ?

    Non Messieurs les Présidents menez nous vers l’immersion car nous sommes émergents depuis que l’eau dans laquelle nous étions émergés a tari… De nombreuses communes de vos pays sont émergentes depuis des années. L’émergence c’est du vent comme il en sort de nos robinets.

Ah les amis, je dois vous laisser… L’eau sort du mur ! Miracle ! HABEMUS AQUA !

  Je vais prendre ma première douche depuis 48heures. On ne sait jamais quand l’eau repartira ! Ni quand elle vient. Si le présent n’est pas certain, ce n’est pas 2020 ou 2035 qui le sera !

A bientôt !

5 commentaires:

  1. très bien écrit. Je n'aurais pas dit mieux.

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  2. The best post ever since Im reding on this blog!
    Tu n'aurais pas pu mieux le dire

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  3. Merci MJ et Afro Mango. Je me débrouille et c'est grâce à vous que je compte m'améliorer.

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  4. C'est dommage que tout ceci soit la pure verite. On nous parle d'emergence et de taux de croissance alors que l'on a ni eau ni courant. C'est fort quand meme!

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    1. C'est malheureusement la triste réalité Tanya. La distance entre les discours et les faits est énorme. On aimerait tant que ce soit différent.

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